Après la reconstitution en septembre dernier d'images vues par des personnes à partir de leur activité cérébrale, c'est à présent des mots auxquels les sujets pensaient qui ont été devinés grâce aux enregistrements de leur activité cérébrale.
L'expérience dont les résultats ont été rendus publics en septembre dernier consistait à faire regarder à des personnes un film, pendant que l'on mesure leur
activité cérébrale à l'aide d'électrodes. À partir de modèles informatiques, les chercheurs de
l'université de Berkeley en Californie ont décrypté les signaux transmis par les appareils de mesure, qui pouvaient ainsi former une image. Les formes des images obtenues étaient largement floues, mais on reconnaissait cependant bien les images vues par les patients, et les résultats restent saisissants :
Le 31 janvier, c'est une étude du même genre dont les résultats ont été publiés dans la revue
PloS Biology. Celle-ci montre qu'il est possible cette fois de reconstituer des mots pensés par une personne juste en décodant ses ondes cérébrales. Pour arriver à ces résultats, une équipe différente de chercheurs, mais provenant de la même université américaine, ont placé des électrodes cette fois uniquement à la surface du
lobe temporal (ou
gyrus temporal supérieur) - la région du cerveau chargée du processus de l'audition et en partie de celui de la parole. Par ce moyen, ils ont mesuré l'activité cérébrale des personnes lorsqu'on leur lisait des mots ou des phrases. À partir des signaux obtenus et des mots diffusés, ils ont fait correspondre les mots et les signaux, obtenant par là des
spectrographes de ce type, qui montrent une correspondance certaine des fréquences (voir ci-contre).
Un logiciel créé par
Brian Pasley, meneur de l'étude et spécialiste des neurosciences, a ensuite permis, à partir des enregistrements, de faire parler un ordinateur avec ces signaux. Tous les mots ne sont bien sûr pas tous corrects, mais les résultats sont « encourageants ». Les applications de cette découverte sont multiples, mais la première d'entre elles serait certainement la possibilité de donner la parole aux malades atteints de maladies les privant de la parole (
aphasie), à l'instar de la
maladie de Charcot dont le célèbre astrophysicien
Stephen Hawking est atteint, d'une
attaque cérébrale, ou bien du
syndrome d'enfermement. La meilleure preuve ? Les personnes sur lesquelles l'expérience a été menée sont elles-mêmes atteintes d'épilepsie. Selon
Robert Knight, le coauteur de l'étude, « si on peut un jour reconstituer, à partir de l'activité électrique du cerveau, les conversations imaginées par quelqu'un ne pouvant pas parler, des milliers de personnes pourraient en bénéficier ». Il vous est possible d'apprécier la qualité d'un des tests réalisés avec les mots "Waldo", "structure", "doubt" et "property"
sur le site web du Guardian.
Pour l'instant, on ne peut pas utiliser cette technique pour savoir à quel mot la personne pense, car on ne connaît pas précisément quelle est l'organisation du cerveau pour cette fonction. Cela dit,
Brian Pasley fait remarquer « qu'il y a des indications qu'entendre les sons et les imaginer activent la même zone du cerveau ». Cependant, il ne sera pas possible pour les espions d'utiliser cette technique pour extorquer des informations, car pour fonctionner, les électrodes doivent être placées à la surface du cerveau, alors que la zone correspondant à cette fonction est bien enfouie dans la boîte crânienne. De plus, les logiciels actuels ne permettent pas de décrypter des fonctions plus avancées que l'audition, étant donné le nombre de signaux qui transitent dans notre cerveau.
L'étude sur le sujet n'en est qu'à sa phase d'expérimentation, on ne peut donc qu'espérer que les avancées soient majeures.
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